Four à Bois d'Antan® : l'histoire d'une marque née dans la plaine de Bièvre
Il existe des fours à bois partout. Il en existe peu dont on puisse retracer le parcours, du caillou ramassé dans une moraine iséroise jusqu’à la fonte coulée par un fondeur d’art français. Four à Bois d’Antan® est de ceux-là. Cette page raconte comment un atelier familial de Marcilloles, né en 1986 avec une bétonnière et beaucoup d’huile de coude, a fini par déposer sa propre marque de four et par réécrire, au passage, la façon dont on cuit au feu de bois dans un jardin.
Marcilloles, Isère · Marque déposée en 2010
1986 : une entreprise familiale, un matériau, une conviction
Tout commence en 1986, quand Michel Ageron fonde La Pierre d’Antan. L’idée tient en une phrase : fabriquer du mobilier minéral pour rendre les extérieurs vivants. Pas de la décoration froide, pas du mobilier de catalogue — des pièces en pierre reconstituée destinées à être utilisées, chauffées, salies, réutilisées.
Dès 1987, son frère Jean-Paul s’associe au projet et augmente le capital. Ensemble, ils achètent un terrain sur la zone artisanale de Marcilloles, en Isère, au centre du triangle Lyon-Grenoble-Valence. Ils y construisent un premier bâtiment de 150 m². Quarante ans plus tard, l’entreprise n’a jamais déménagé : elle a simplement grandi autour de ce premier atelier.
En 1988, la croissance impose sa première contrainte industrielle. Le travail est encore presque entièrement manuel, et il faut investir dans une bétonnière industrielle pour tenir la cadence. La même année, Denis, troisième frère, rejoint la société en prenant des parts. La Pierre d’Antan devient ce qu’elle est restée : une affaire de fratrie.
Les premiers bénéfices n’arrivent qu’en 1996. Dix ans de patience. Entre-temps, la gamme s’est étoffée : fontaines de jardin, puits, barbecues fixes équipés de grils horizontaux ou verticaux — et, déjà, des fours à pain.
La pierre : un matériau qui vient d'à côté
Avant de parler de four, il faut parler du matériau. La pierre reconstituée de La Pierre d’Antan n’est pas un béton décoratif générique acheté sur catalogue. Elle est fabriquée sur place, à Marcilloles, à partir de granulats issus des moraines de la Bièvre — ces dépôts de cailloux laissés par les glaciers, à quelques kilomètres de l’atelier.
Concrètement, cela change trois choses :
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La teinte est dans la masse
Une pierre reconstituée teintée dans la masse ne se décolore pas en surface et ne révèle pas un cœur gris au premier éclat.
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Le matériau ne gèle pas
C'est la condition non négociable d'un four qui passe l'hiver dehors, en Isère comme en Alsace.
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Le circuit est court
Le granulat vient du secteur, la pierre est coulée à Marcilloles, le four est habillé à Marcilloles.
Cette exigence sur la matière s’est doublée, depuis de nombreuses années, d’un travail sur l’empreinte de l’atelier : toutes les eaux de rinçage sont recyclées, et l’intégralité des rebuts de production est évacuée pour être broyée et transformée en granulat destiné à des ouvrages de remblayage. Rien ne part en décharge.
2010 : l'année où la fonte change tout
Pendant vingt-cinq ans, La Pierre d’Antan fabrique des fours à pain selon la logique traditionnelle : une voûte en pierre réfractaire, une masse considérable, une chauffe longue. C’est beau, c’est authentique, et c’est peu compatible avec un dimanche soir où l’on décide à 18 h de faire des pizzas.
En 2010, l’atelier met au point un four à pain en fonte, développé en collaboration étroite avec les Fonderies d’Art Dommartin. C’est le tournant.
La voûte en fonte monte en température beaucoup plus vite que la pierre réfractaire, pour un encombrement réduit et une consommation de bois nettement plus faible. Sur un modèle 6755, environ 5 kg de bois sec suffisent à atteindre en 15 à 20 minutes une température de travail pour des grillades ou une pizza. Le four traditionnel, lui, demandait des heures.
L’image du four à bois lent, massif et réservé au pain tombe avec ce modèle. On peut désormais équiper une cuisine d’été d’un four dynamique, utilisable en semaine, sans planifier sa journée autour de la chauffe.
La même année, la marque Four à Bois d’Antan® est déposée. Ce n’est pas une opération marketing : c’est la reconnaissance qu’un produit spécifique est né, distinct du four à bois générique, et développé conjointement par un fabricant de pierre isérois et un fondeur français. Un four 100 % français, de la voûte à l’habillage.
Toujours en 2010, l’exposition attenante à l’atelier est entièrement repensée. Jean-Paul quitte la société après près de vingt-cinq ans, pour d’autres engagements dans la vie publique.
Un four, deux régimes de cuisson
La signature technique d’un Four à Bois d’Antan® tient dans une chose simple : la porte.
Porte ouverte
Le foyer reste vif, la voûte rayonne. C’est le mode pizza, grillade, cuisson rapide à haute température.
Porte fermée
La braise est repoussée ou retirée, le four restitue lentement l’inertie accumulée dans la fonte. C’est le mode pain, gratins, viandes longues, desserts. Et c’est là que l’inertie de la fonte fait la différence : la chaleur descend en douceur, ce qui permet d’enchaîner les cuissons sur une seule flambée — la pizza, puis le plat, puis le dessert, sans relancer le feu.
Trois formats structurent la gamme, du four familial au four capable d’accueillir quatre plats de 40 × 32 cm simultanément pour un usage professionnel ou les très grandes tablées.
Ce que « fabriqué à Marcilloles » veut dire
Un four à bois nu ne s’installe pas tel quel : il doit être habillé. L’habillage assure l’isolation, protège la voûte, oriente les fumées et donne au four son allure. C’est la seconde moitié du métier, et c’est celle que La Pierre d’Antan exerce depuis 1986.
Tous les éléments en pierre reconstituée sont fabriqués de façon artisanale dans les ateliers de Marcilloles, aujourd’hui répartis sur quatre bâtiments successivement construits en 1987, 2000, 2004 et 2006. Les investissements industriels n’ont pas visé à remplacer la main : ils ont d’abord servi à réduire la pénibilité d’un travail où l’on manipule des pièces de plusieurs dizaines de kilos.
Deux conséquences directes pour le client :
Le sur-mesure est la norme, pas l’exception. L’entreprise propose des modèles standards, mais travaille essentiellement sur projets spécifiques — particuliers comme professionnels : pizzerias, chambres d’hôtes, gîtes d’étape, hôtels-restaurants qui développent un espace cuisine d’été.
La finition est artisanale. Les pièces sont coulées et retouchées à la main. On joue sur les joints, comme sur un mur en pierre. C’est un parti pris assumé : la précision d’une chaîne automatisée contre le caractère d’une pièce moulée à l’atelier.
Pour ceux qui veulent piloter eux-mêmes l’esthétique de leur four, l’atelier a conçu un kit d’habillage préfabriqué à crépir, dimensionné pour les Fours à Bois d’Antan®. Il sécurise les points critiques — isolation, évacuation, portée — tout en laissant libre le choix de la finition.
2015-2022 : la transmission
En 2015, après dix-neuf ans passés dans l’industrie, Jérôme Ageron rejoint la société pour en poursuivre l’activité. En trente ans, La Pierre d’Antan s’est construit une réputation de qualité et de fiabilité que l’équipe s’attache à maintenir au quotidien — avec la volonté explicite de conserver une taille humaine, où chaque client bénéficie d’une relation directe.
2017 marque l’ouverture d’un nouveau chapitre esthétique : la gamme s’élargit avec la ligne contemporaine Élégance, aux lignes droites et à la finition poncée, loin de l’imagerie rustique du four à pain. La même année, l’entreprise participe pour la première fois au Salon Habitat et Jardin de Lausanne.
2018 est l’année du changement : Michel Ageron, le fondateur, part à la retraite. En 2019, l’équipe se renforce d’un commercial et d’un installateur — La Pierre d’Antan peut désormais poser ses fabrications elle-même sur un très large périmètre, d’Orléans à Hossegor, de l’Alsace au Sud de la France.
Les deux années suivantes sont marquées par la crise sanitaire. L’entreprise résiste, portée par sa notoriété et par le travail accumulé. En 2022, Denis Ageron, présent dès les débuts, quitte à son tour la société. La page d’une génération se tourne ; l’atelier, lui, continue de tourner à Marcilloles.
Quarante ans en douze dates
Pourquoi cette marque existe
Four à Bois d’Antan® n’est pas un nom posé sur un produit importé. C’est le point de rencontre entre deux savoir-faire français : une fonderie d’art qui coule la voûte, un atelier isérois qui fabrique la pierre et habille le four. Le nom « d’Antan » ne renvoie pas à une nostalgie décorative — il désigne un geste ancien, la cuisson au feu de bois, rendue praticable un mardi soir de novembre.
C’est, au fond, tout le pari de la marque : garder le goût d’avant, sans en garder les contraintes.